PREMIERE PARTIE
PREAMBULE
PREMIERE PARTIE
SECONDE PARTIE
PENDANT LA GUERRE
L'ADRIATIQUE
APRES LE CONFLIT
DOCUMENTS
LIENS
Je suis arrivé au dépôt de Brest le 24 septembre 1908, j’avais donc 17 ans. A cet âge précis, j’étais déjà au travail, dans le civil en qualité de commis. (Je précise néanmoins que j’avais déjà été sur un bateau puisque avant mon engagement, je fis sept mois et dix-huit jours dans la marine marchande, section cabotage, bornage et petite pêche, l’autre section étant celle des longs cours et grandes pêches). Je me suis donc engagé volontaire suivant les conditions de la loi du 22 juillet 1886. Pourquoi m’engager ? Je ne le sais plus précisément, peut être l’appât d’un meilleur salaire, mais après tout, célibataire, n’était – ce pas une façon de vivre intensément une aventure extraordinaire ? Quoi qu’il en soit, à peine arrivé, vous pensez bien que l’Administration me donna aussitôt mon numéro de la matricule. (NDLR c’est inscrit ainsi sur le livre de solde). Je devais le retenir, c’était un ordre ! Si bien que je le connais encore par cœur, c’est le numéro 93553-2, et ce numéro m’a accompagné pendant toute ma campagne militaire.

(Le texte de loi est sommaire – voir annexe – mais souvenons-nous qu’il date de 1886, donc peu de temps après le conflit de 1870.)

Etant breton, mon affectation fut dans la Marine Nationale, vous vous en doutez bien, et mon premier grade, ou plutôt échelon, fut apprenti – marin dès mon incorporation. Ce terme d’incorporation n’est peut être pas tout à fait exact, puisque j’étais engagé volontaire, mais qu’importe. Etre apprenti – marin n’est pas une fonction, mais plutôt un statut. Mon vrai rôle fut, dès mon engagement, apprenti – timonier. J’étais donc aux gouvernes ! A moi les grands espaces ! A moi de diriger ce bâtiment de la Marine Nationale ! Mais au début, en fait, je devais apprendre, et finalement, vivre aux côtés d’hommes d’expérience a été une très grande leçon pour moi. Et puis, de toute façon, je savais que j’avais le temps et la possibilité de gravir quelques échelons. Il me fallait donc faire mes classes, et aussi, mes preuves. Si bien que je suis resté au dépôt, à Brest jusqu’au 30 juin 1909, une petite année, dix mois d’instructions pour apprendre mon métier de militaire. Cette période fut captivante puisque je m’instruisais, mais il m’était encore impossible de partir en mer, et c’est souvent que je voyais tel ou tel navire quitter la rade militaire alors que je restais à quai. Mais finalement, ces dix mois passèrent vite, très vite même, et dès le 1 juillet 1909, j’allais enfin embarquer sur mon premier navire. Serait-ce un de ces bâtiments de guerre tout neuf ou alors un des plus gros navires ? Je m’embarquais donc sur mon premier bâtiment, un navire du nom du Calédonien et je devais y rester six mois, jusqu’au 1er janvier 1910. En réalité, Le Calédonien était un vieux paquebot, construit en 1882 par les chantiers de Saint Nazaire, il prit la mer en 1884. et fut ensuite réquisitionné par l’armée. Ce même bâtiment serait alors coulé par un U-boot le 30 juin 1917. Les U-boot étaient des sous-marins allemands, mais cela est une autre histoire. Bref, je m’embarquais donc pour passer six mois en mer. C’est au cours de cette première expérience que je passais également avec succès mon diplôme et j’obtins, pour le 1/1/1910, mon échelon de deuxième grade de timonier breveté. Mine de rien, cela me permis d’acquérir 42 points supplémentaires sur mon traitement. Quel pouvait être le traitement d’un matelot de mon échelon, me demanderez vous ? Sur le CALEDONIEN, la journée de solde était payée 0,55 francs. Une réparation de chaussures me coûtait alors 3,60 francs. Et le 1er juillet, notre gratification de la fête nationale rapportait 0,50 francs.

(A titre indicatif, en 1908, un pantalon de toile coûtait 11,40 F, une chemise en toile blanche avec collet bleue : 2,80 F et la paire de brodequins : 11,60F.)


Nous revînmes au deuxième dépôt dès le premier janvier 1910 et j’y restais jusqu’au 21 mai, puis je fus affecté au 5ème dépôt et je dus y rester jusqu’au 8 juillet 1910, date à laquelle j’allais ensuite m’embarquer sur le SARBACANE. Le Sarbacane n’était pas, comme le Calédonien, un bâtiment réquisitionné, mais bien un navire de guerre, et plus précisément un contre – torpilleur construit à Rochefort en 1900, et qui fut mis en service en 1903. Il était armé de six canons de 65 mm, de six canons de 47mm et de deux lances torpilles. Il fut retiré du service le 1er octobre 1920 et sera démoli en 1921.

Je passais donc du cantonnement actuel, le 2ème dépôt à Brest, pour être rattaché au 5ème dépôt, à Toulon, en passant par Marseille. Bref, j’ai vu pas mal de ports !

Brest était en fait le port de construction des bâtiments de guerre, Toulon, le port où stationnaient les navires. Et c’est à Toulon que j’embarquais sur le SARBACANE. Pour me rendre dans cette nouvelle ville, ce fut bien évidemment par la mer, et non la terre. On est marin ou on ne l’est pas !
La durée d’embarcation fut cette fois beaucoup plus longue, et se distingue en trois étapes, c’est – à – dire que nous fîmes trois voyages. Le premier dura un peu plus de cinq mois, du 8/7/1910 jusqu’au 1/1/1911, puis12 mois d’affilé en mer, donc jusqu’au 1/1/1912, et enfin, du 1/1/1912 jusqu’au 9/5/1912. Bref, ma campagne sur le SARBACANE dura presque deux ans pleins, ce qui est extraordinaire, mais après tout, j’étais célibataire et aucun cœur ne m’attendait, quoique. Le soir, nous restions souvent accoudés au bastingage, à regarder et observer les étoiles. Nous apprenions alors leur nom, ainsi que celui des constellations, et c’est à bord du Sarbacane que je vis la célèbre comète de Halley, en 1910. J’ai conservé de cette comète un souvenir très précis, tellement précis que plus tard, j’en parlais à mes petits-enfants, et surtout à Xavier. Je lui avais alors précisé que lui aussi verrait un jour cette comète si célèbre. Nul doute que lorsqu’il l’examina, en 1986, à travers son télescope, qu’il eût une pensée pour moi.

(J’ai effectivement observé cette comète, lors de son passage en 1986. En 1910, elle était très bien située dans le ciel Nord, et grand-père a du faire une très belle observation. En 86, sa situation était différente et la comète était surtout visible du ciel austral. Mais le principal est que j’ai pu l’observer, et ce soir là, j’ai eu effectivement une pensée très forte pour lui.)

Là encore, j’avançais d’une classe, en mars 1912, pendant mon séjour sur le SARBACANE, sur instruction, ce qui me valut 10 points supplémentaires. Durant mon séjour sur ce bâtiment, mes jours de solde furent rémunérés à 0,95, puis F 1,45 en 1911 et en 1912.

sous-marinier
07/02/04