SECONDE PARTIE
PREAMBULE
PREMIERE PARTIE
SECONDE PARTIE
PENDANT LA GUERRE
L'ADRIATIQUE
APRES LE CONFLIT
DOCUMENTS
LIENS
Etre à bord d’un navire ne veut pas dire pour autant que nous y restions cantonnés, voire en mer pendant toute cette période. En fait, le nom du bateau constitue ma résidence pendant un certain nombre de mois. J’avais donc droit de prendre quelques jours de permission, bien évidemment !

Nous en étions donc au 9 mai 1912, date à laquelle je dois changer de bâtiment et rejoindre un contre-torpilleur, du nom de l’Epée construit à Graville ( LE HAVRE ) en 1897 ( il ne prit la mer qu’en 1900 ) et possédait la même puissance de feu que le Sarbacane. Il sera retiré lui aussi en 1920 et désarmé à Toulon en 1921.
Mais je tombais malade, et je fus contraint d’aller à l’hôpital du 9 au 14 août 1912. De toute façon, j’avais pris mes précautions, car on ne sait jamais ce qui peut arriver sur de tels navires, et c’est dès le 1er janvier 1912 que j’avais décidé de déléguer mon livret de la caisse nationale d’Epargne, celui portant le numéro 105.52809, et la personne à qui j’avais décidé de déléguer ce livret ne pouvait qu’être ma mère, Madame Le Fur, habitant rue de la Gare à Roscoff.

Au cours de mon séjour sur le l’Epée, je fus également nommé à la première classe de timonier breveté et ce, en date du 21 décembre 1912. Il s’agissait là du dernier échelon de la catégorie matelot. Finalement, il m’avait quand même fallu attendre quelques années avant d’accéder à ce dernier échelon. Je restais sur ce contre – torpilleur du 9 mai 1912 jusqu’au 18 janvier 1913. La solde était passée de F 1,45 à F 1,70 en l’espace d’un an, cela vous permet de mesurer l’inflation qui existait à l’époque.

Puis, événement, par décision du Journal Officiel du 15 janvier 1913, j’étais destiné à la 1ère escadrille de sous-marins de la première armée navale, également basée à Toulon.

(Voir annexe copie du JO. Il est intéressant de relever que les noms des sous-marins ne sont pas indiqués, ni dans le JO, ni dans le livret militaire. Nous savons néanmoins qu’il est embarqué sur le Gay-Lussac – mention de la campagne de guerre – De même, lors de ce changement, il était à bord de l’Epée, et il est repris dans le JO que trois marins de l’Epée doivent rejoindre les sous-marins, dont deux, à Toulon, le troisième en Armée Navale. Notre grand- père connaissait donc ces deux autres marins, et il a fait le début de sa campagne de guerre avec un certain Auguste Bassini.)

Ainsi que vous avez déjà pu le constater, je vais de bateau en bateau. La question que vous pouvez vous poser est de savoir finalement comment fait – on en ce qui concerne la solde ? En fait, c’est très simple, je n’ai jamais d’argent sur moi, ni les autres matelots. Nous avons un livret de solde sur lequel sont reportés au crédit, le montant en fonction du nombre de jours, et au débit, nos dépenses personnelles.

De cette comptabilité fort simple, nous sommes donc créditeur dans la comptabilité du bâtiment. Vous avez appris qu’après le CALEDONIEN, je suis passé sur le SARBACANE, en fait, lorsque je suis arrivé sur le second navire, il est indiqué le nom du navire précédent, dans un intitulé appelé DETTES du CALEDONIEN. Ce que je ne sais pas, c’est comment ils se débrouillent après pour se faire rembourser !


Bref, me voilà donc engagé à bord (si l’on peut dire) de la première escadrille de sous – marin, le 18 janvier 1913. J’abandonne mon travail de timonier pour prendre celui de manœuvrier signaleur ! Tout un programme ! J’allais donc passer l’année 1913 dans ce sous – marin, et je constatais avec plaisir que la gratification de la fête nationale était enfin augmentée pour devenir 1 F, au lieu des 0,50 habituels !

Par ailleurs, étant sous – marinier, les journées de solde étaient payées beaucoup plus chères, jusqu’à 2,15, voire 2,55 ! (Par comparaison, la journée de solde du Poilu est de 0,18 F)

Et le fait de devenir manœuvrier signaleur me faisait également passer de la catégorie des matelots à celle, déjà plus envieuse, de Quartier-maître, laquelle catégorie comporte deux échelons au lieu des quatre concernant les matelots.


Si l’année 1913 se passa normalement et sans incident, l’année suivante apportait déjà ses modifications importantes pour les états de service puisque mon engagement militaire se terminait de toute façon le 1er octobre 1914. Néanmoins, je continuais avec application mon travail et passais avec succès le second échelon du grade de quartier-maître puisque dès le 15 avril 14, j’étais nommé quartier maître timonier.

Dès le 2 août 14, alors que j’étais donc sur le Gay-Lussac, nous fûmes en campagne de guerre. Ce sous-marin était à vapeur (même sous l’eau !), construit à Toulon en 1906 et fut mis en service en 1910. Il sera démoli à Bizerte en 1922, mais nous parlerons de Bizerte plus tard.


(Sur le livret de solde, on peut noter qu’effectivement dès le 2 août 14, notre grand-père est en campagne de guerre sur le Gay-Lussac, alors que les faits historiques précisent que l’Allemagne a déclaré la guerre à la France le 3 août à 18 heures.)

sous-marinier
07/02/04