PENDANT LA GUERRE
PREAMBULE
PREMIERE PARTIE
SECONDE PARTIE
PENDANT LA GUERRE
L'ADRIATIQUE
APRES LE CONFLIT
DOCUMENTS
LIENS
Un sous-marin à vapeur ! Sous l’eau ! En fait, en 1914, près de la moitié de nos unités de sous-marins ne possédait pas encore de moteurs Diesel, car ils étaient fabriqués à l’étranger. Nos sous-marins étaient donc propulsés par des machines à vapeur avec des chaudières chauffées au pétrole et qui dégageaient un indiscret panache de fumée et empêchaient toute plongée rapide. Il fallait parfois attendre dix minutes, voire vingt minutes pour que les chaudières soient suffisamment chaudes pour plonger ! Dix minutes à l’air pour un sous-marin qui veut plonger, vous pouvez vous rendre compte de ce que furent nos conditions de travail ! Pour être plus précis sur ce que furent ces premiers sous-marins, il faut que je vous dise que cette géniale invention est due à un Français, l’ingénieur Laubeuf. Les Allemands reprendront bien sur cette idée de submersible, et ils diront même de nos sous-marins que nous avions imaginé le principal, mais oublié les détails ! Ils n’avaient pas tord tant les conditions de sous-mariniers étaient dures comparées à celles des Allemands. En fait de submersible, les sous-marins de l’époque restaient le plus souvent juste à la surface de l’eau, et les moteurs étaient alimentés par les chaudières à pétrole. Dès lors que nous devions plonger, nous passions alors sur une alimentation électrique qui nous permettait tout au plus de rester cinquante minutes sous l’eau. Les rapports concernant l’état de ces sous-marins étaient alarmants : moteurs fragiles et bruyants, matériel peu endurant, habitabilité médiocre (A ce sujet, étant donné que nous fonctionnons par quart, le nombre de couchettes qui avaient été prévues correspondait exactement au nombre de marins qui devaient dormir, c’est à dire l’ensemble de l’équipage moins le nombre d’hommes prévu pour les quarts. Si bien que nous n’avions pas de couchettes attitrées et que nous prenions la première qui se présentait à nous). En plus de ces imperfections, il faut préciser qu’il n’y avait pas de radio à bord, que le kiosque était mal abrité, et que les batteries avaient une faible capacité quand par ailleurs, elles dégageaient de l’arsenic ! Observer à travers le périscope revenait au même que regarder au travers d’un cul de bouteille ! Nous ne pouvions descendre qu’à 25 mètres au maximum pendant cinquante minutes, et nous devions refaire surface obligatoirement ! Par comparaison, alors qu’il fallait la moitié de l’équipage pour manipuler 18 remplissages et 30 purges, un seul homme y suffisait sur les U-Boote allemands.

(Sur les 53 sous-marins français en service pendant la guerre, seuls 22 étaient avec un moteur Diesel.)


Le 1er octobre, je fus donc virtuellement renvoyé dans mes foyers puisque mon engagement se terminait, et il est même précisé, sur mon livret de bord, que je me retirais à Roscoff, rue Brizeux, mais en réalité, je me réengageais pour trois ans dès le 1er octobre. De toute façon, nous étions basés à Malte, alors, il n’était pas question que je rentre chez moi par le premier train ! En effet, à Malte avait été installé le siège du gouverneur des affaires maritimes, d’où notre présence. Et c’est également à Malte que nous pouvions refaire le plein de charbon !

Vous êtes en droit de vous demander ce que je faisais en Méditerranée ! En fait, dès 1913, un accord tenu longtemps secret, avait été conclu entre l’Angleterre et la France sur la question maritime en cas de conflit avec l’Allemagne. Cet accord prévoyait tout simplement que la Royal Navy s’occuperait des questions relatives à la Manche et à la Mer du Nord, tandis que les Français auraient comme secteur, celui de la Méditerranée.

L’année 1915 fut tourmentée, vous vous en doutez bien, mais le front sanglant était à terre, loin de nos bases. Néanmoins, nous devions patrouiller en mer, et notre mission nous portait alors dans la méditerranée. C’est ainsi que le 31 mars 1915, nous fîmes escale à Navarin en Grèce, appelé maintenant Pyrgos (NDLR Une base de fortune a été installée à Navarin autour du vieux cuirassé Marceau et du croiseur Foudre qui avait été notre premier transport d’hydravions) puis le 31 mai à Bizerte, port tunisien, puis le 31 juillet 1915, nous nous arrêtâmes à Brindisi, sur la côte Est de l’Italie, juste dans le talon de la botte, petit port situé en face de l’Albanie. Cette année également, les Anglais étant moins occupés en Mer du Nord, il fut décidé qu’ils devaient rejoindre la Méditerranée, et que le secteur à l’Ouest de Malte serait de la responsabilité des Français, alors que le secteur situé à l’Est de cette même île serait placé sous leur responsabilité.

(L’histoire révèle qu’au début du conflit, les Allemands avaient construits de nombreux sous-marins et espéraient vaincre rapidement les Anglais. Il y eut de sérieux conflits en Mer du Nord et en Manche comme cela a été précisé. Puis les Allemands constatèrent qu’ils ne maîtrisaient pas la Mer et eurent alors l’idée de s’attaquer aux convois maritimes, principalement ceux de marchandises. Ce faisant, ils espéraient ainsi priver les pays alliés de toute source de réapprovisionnement. C’est pourquoi le conflit maritime se déplaça alors en Méditerranée.)

L’Italie avait adopté une position assez neutre au début du conflit, et il fallut de sérieuses négociations pour qu’elle consente à se rallier aux pays Alliés, ouvrant ainsi ses ports et principalement celui de Brindisi. Les pertes en bateaux furent énormes, les Allemands coulant tous les navires. Deux idées se firent alors jour. L’une, de faire sillonner les bateaux en zigzag dans la Méditerranée, l’autre de former des convois et de les protéger. C’est cette seconde idée qui finalement l’emporta.


En 1914, la campagne militaire sur mer se déroulait principalement en Mer du Nord, et était donc l’affaire des Anglais en fonction du traité qui avait été conclu. Il y eut de sérieuses batailles. Les marins français, cantonnés en Méditerranée, furent tranquilles en 1914 et au début de l’année 1915. Puis, tandis que peu d’événements survenaient au Nord, la Méditerranée devint le théâtre de très nombreuses opérations militaires. La flotte française (qui comptait quatre sous-marins au début des hostilités !) était principalement basée à Toulon et à Bizerte. Les objectifs assignés étaient d’une part d’assurer la sécurité du transport des troupes qui arrivaient d’Afrique du Nord, mais également de tenir bloquée la flotte Autrichienne dans ses bases de l’Adriatique et enfin, de mener la guerre aux Turcs. Plus généralement, d’accompagner tous convois de bateaux de commerce qui assuraient le ravitaillement en vivres de l’Europe et donc de la France.


Nous restâmes plusieurs mois à Brindisi, jusqu’à la fin de l’année 1915. En effet, la base de Brindisi permettait aux sous-marins français et italiens de surveiller l’Adriatique, afin d’empêcher la marine autrichienne, présente à Pola, de descendre en Méditerranée. Le 31 octobre, je perçus 600 francs, en tant que prime de rengagement alors qu’une journée de solde valait à la même date 2.55F.

sous-marinier
07/02/04