L'ADRIATIQUE
PREAMBULE
PREMIERE PARTIE
SECONDE PARTIE
PENDANT LA GUERRE
L'ADRIATIQUE
APRES LE CONFLIT
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LIENS
Ces moments passés dans l’Adriatique furent les plus éprouvants. D’abord par ce que nous devions interdire aux Autrichiens de rejoindre la Méditerranée, ce qui n’empêchaient pas quelques combats de surface. Mais il y avait aussi l’aviation. Or, l’eau est si claire, si limpide que les avions nous apercevaient très facilement et lâchaient alors des bombes aériennes. L’eau était si claire que les aviateurs pouvaient distinguer la nationalité du sous-marin d’après la place qu’occupaient les torpilles ! Lorsque nous entendions les premières explosions, nous devions plonger le plus rapidement possible ( toujours avec nos fameuses 10 minutes !) et rester sous l’eau le plus longtemps possible, dans la vapeur d’eau, dans une chaleur étouffante, lourde d’acide carbonique et viciée par les émanations d’arsenic des accumulateurs. Et puis, pour agrémenter le tout, nous entendions très souvent le grattement sinistre des câbles de mines, le long de la coque, prêt à tout faire exploser ! Dès le soleil couché, dès que tout paraissait calme, on faisait alors surface en gardant les ballasts aux trois quarts pleins pour pouvoir disparaître rapidement. Puis l’on commençait de charger les accumulateurs jusqu’au moment où survenait quelque patrouilleur autrichien vous forçant à plonger « en catastrophe » sous son étrave. Après dix minutes d’attente à vingt mètres de profondeur, on émergeait de nouveau. Il fallait, certaines nuits s’y reprendre à dix fois pour avoir son plein d’électricité.

Suite aux violents combats en mer du Nord, et aux nombreuses pertes en vie humaine, les Anglais inventèrent les collets de sauvetage. L’idée fut également reprise par les français, sous forme de gilets de sauvetage. Les premiers lots de gilets arriveront à Malte, et seuls les bateaux les plus exposés en étaient dotés, il s’agissait des torpilleurs et des sous-marins.

Il y eut aussi des moments plus agréables. « Pendant le mois d’avril par exemple, les oiseaux migrateurs ralliant l’Europe arrivaient du Sud. A la tombée de la nuit, des vols d’hirondelles, de cailles, de tourterelles, de bergeronnettes, d’alouettes et de pinsons s’abattent sur les navires et se perchent sur les rambardes, les vergues de signaux, les antennes de T.S.F Les matelots s’emparent facilement de ces bestioles exténuées et leurs grosses mains se font délicates pour caresser et nourrir de miettes de pain ces petits êtres qui reprennent leur vol à l’aube suivante. »

L’année 1916 fût tout autre. Dès janvier, nous repartions pour Bizerte jusqu’à début avril 1916, puis l’escale suivante fut Toulon. Hélas, nous dûmes repartir puisque dès le 31 mai, nous étions revenus à Brindisi et j’y restais jusqu’à la fin de l’année. Dire que nous restions basés à Brindisi ne veut pas dire que notre sous-marin restait à quai. Bien évidemment, nous devions patrouiller chaque jour.

(Petite anecdote, il reçut en 1916, à titre gratuit, une plaque d’identité et 80 cm de lacets.)

Nous devions bien évidemment combattre. Si le théâtre des opérations militaires de la grande guerre est plutôt celui de Verdun, du chemin des Dames, la Méditerranée connut également de nombreux combats, pensons à ce fameux détroit des Dardanelles. Et nous devions surtout protéger les convois qui se dirigeaient vers la France ou l’Angleterre. Nos instructions étaient précises. En présence d’un bateau ennemi (commercial ou militaire), nous devions tirer un coup de semonce, l’invitant ainsi a stopper les machines. Les marins devaient alors prendre les chaloupes et nous coulions le navire qu’une fois assurés qu’il n’y avait plus personne. S’il continuait sa route, nous devions alors le couler.


Mais comme je vous l’ai dit, l’année 1916 fut importante. Le 10 novembre, je fus même cité à l’ordre du jour et je vous cite, mot pour mot, ce qui est indiqué dans mon manuel :

« Cité à l’ordre du jour de l’escadrille embarqué à bord d’un sous-marin à vapeur depuis le début des hostilités, a pris part à de très nombreuses opérations sur la côte ennemie, et a fait preuve en toutes circonstances de bravoure, de sang-froid et d’un bel entrain militaire, notamment le 9 juillet 1916 lorsque son bâtiment a combattu des torpilleurs ennemis.

Cet acte de bravoure tel que rapporté me valut, en date du 10 novembre 1916 la croix de guerre avec étoile de bronze. Mine de rien, cela me rapporta 30 points !

La croix de guerre est une décoration qui commémore la citation d’un individu (voire d’une unité) qui s’est distingué face à l’ennemi. En France, il en existe une pour chacune des deux guerres mondiales et une pour les théâtres d’opérations extérieurs.
En 1917, de quartier-maître, je passais, dès le 3 janvier, Second – Maître timonier. Bref, toujours aux gouvernes !

Les consignes furent une nouvelle fois modifiées. En effet, un sous-marin allemand avait coulé un navire sans coup de semonce, ce qui était contraire aux lois maritimes. Dès lors, nous reçûmes instructions de couler tout bâtiment ennemi sans coup de semonce. Par ailleurs, les combats de jour avaient été remplacés par ceux de la nuit. En fait, de jour, les navires ennemis nous repéraient assez facilement ( pensez à notre panache de fumée ) ; de même, les marins avaient pour mission de scruter la surface de l’eau, à la recherche de torpilles, si bien que nous ne pouvions pas approcher notre cible et devions faire feu de loin ( pensez à la lentille de notre périscope ) Le combat de nuit nous favorisait, vous le pensez bien, mais finalement, nous dûmes combattre presque tout le temps, et le jour, et la nuit.

Mon affectation se modifiait, et je passais de la première escadrille de sous-marins, à la seconde escadrille, mais cela ne changeait pas grand chose puisque de toute façon, je restais toujours à bord de sous – marins. Enfin, en septembre 17, je recevais le certificat d’aptitude à la navigation sous-marine : attention : très bonne.

L’année 1917 connut également plusieurs modifications. Protéger les convois était de plus en plus difficile, les U-Boot faisaient rage en mer, et les instructions prévoyaient alors de grouper le maximum de bateaux. A titre d’exemple, il fut décidé qu’il y aurait un convoi tous les 8 jours entre Gibraltar et Bizerte dans chaque sens, avec 16 navires à l’aller et 22 au retour. De même en ce qui concerne Marseille (ou Toulon) et Bizerte, un convoi tous les 8 jours avec 20 navires à l’aller et 22 au retour. En juin 1917, Bizerte devient le siège d’un centre aéronautique très important, que nous devions bien sur protéger, mais également, protéger les convois qui amenaient justement tout l’appareillage.

La fréquence des convois et le nombre de navires par convoi seront modifiés régulièrement, en fonction de l’importance des engagements militaires de part et d’autre.

Le 20 septembre 17, je partais en congés un mois. En effet, le 10 octobre 1917, je prenais votre grand-mère pour épouse, à Roscoff. L’autorisation de mariage fut délivrée par le 2ème dépôt. Comment ais-je connu votre grand – mère alors que je passais mes journées dans des sous-marins et que nous étions en conflit ? Mystère…. Mais je rentrais dès le 29 octobre sur le sous-marin Archimède ! Que de distances ! L’Archimède était également un sous-marin à vapeur, construit à Cherbourg en 1908, lancé dès 1909, retiré le 12/11/19 et démoli à Toulon en 1922. (A l’inverse des autres sous-marins, l’Archimède était une très belle réalisation)

(Grand – père et grand-mère se connaissaient depuis plusieurs années. Grand-père venait régulièrement à Roscoff, et c’est là qu’il fit la connaissance de Mémé, qui travaillait dans un atelier de couture.)


L’année 1918, je fus affecté sur le Maroc, patrouilleur auxiliaire, pendant quelques mois. Il s’agissait là d’un ancien chalutier, réquisitionné le 16/11/1915 et qui servit jusqu’au 13/03/19 dans la méditerranée orientale. C’est dès le 1er avril de cette année que je fus une nouvelle fois promu maître timonier, le dernier échelon. Votre oncle vit le jour le 17 septembre 1918, mais il me fallut quelques jours pour apprendre la nouvelle puisque je cessais, dès le 1er octobre 1918, de déléguer mon fameux livret de la Caisse d’Epargne à ma mère.


Entre temps, je sautais du Maroc pour rejoindre le Surcouf C’est ainsi que je me trouvais principalement à Gibraltar, puis le 1er septembre à Casablanca, en octobre de nouveau à Gibraltar et enfin le 3 décembre à Toulon, en terre française !

Vous avez pu remarquer que le 1er septembre, je suis allé à Casablanca, alors que nous n’avions jamais quitté la Méditerranée. En effet, il faut savoir qu’en 1918, on décida d’installer des escadrilles de 10 hydravions à ailes repliables, dont une basée justement à Casablanca.

Le Surcouf était un croiseur de seconde classe qui avait été construit à Cherbourg en 1888, c’était plutôt ancien comme bâtiment et il fut retiré en avril 1921. Il avait une puissance de feu importante avec 4 canons de 138 mm, 9 canons de 47mm et 5 lances torpilles.

sous-marinier
07/02/04